From : me.
To : you.
Subject : whatever ?
Une lettre d'adieu, bourrée de regrets & d'amertume, remplie de souvenirs & d'interrogations. Je dis peut-être adieu à ce blog, mais j'en doute. J'avais simplement envie d'écrire une lettre, adressée à personne, à tout le monde, à n'importe qui. Un condensé des textes pensés jusqu'à maintenant, comme un recueil glissé dans une feuille, simplement.
Je devrais travailler au lieu de me lamenter, mais il faut croire que je suis meilleure à l'écriture de plaintes virtuelles qu'à la rédaction d'un projet professionnel. Je n'ai pas d'avenir si je ne m'accroche pas à ça. C'est la seule voie que j'ai trouvé, mais aucune envie de la nommer ici. C'est presque un secret, oui. Peu importe.
Peu importe le temps, les études, les regrets, les envies, les espoirs, les habitudes, peu importe. Peu importe que je t'énerve, que tu m'aimes, que tu me détestes. Finalement, je me fous de tout ça. Ce soir, comme tant d'autres, j'ai juste envie d'aller au fond de ma pensée.
Dans la vie, il y a des choses dont tu te souviendras toujours. Des trucs inoubliables, des blessures transformées en cicatrices, des morceaux de mémoire indélébiles. Je me souviendrais toujours de mon enfance, de mon insouciance, de ma naïveté déconcertante. J'étais en avance, mais tellement loin de la méchanceté des autres. Je l'ai appris à mes dépens, on ne reste pas longtemps innocent.
Je me souviendrais de celles que j'ai aimé chaque jour depuis huit ans maintenant. Mes plus belles années, nos rires comme des échos dans ma tête. Je me souviendrais de celles qui m'ont aidées lorsque j'en avais le plus besoin, de vraies amies, un vrai soutien.
Je me souviendrais toujours de mes folles années à jouer, nuit & jour, une drogue, un délire. Des rencontres, des surprises. Des retrouvailles. Une chance que je n'ai pas su saisir.
Je me souviendrais toujours de toi. Tu as raison, je ne peux pas te nommer. Je pense que tu n'aimerais pas voir ton nom associé à quelque chose me concernant. Celui que je considérais comme mon premier amour, tu sais, celui qui dure toujours, celui qui fait rêver même en pleine journée. Celui pour qui tu vis, tu pleures, tu manges, tu respires. Celui pour qui tu ferais tout, & même n'importe quoi. Celui en qui tu as confiance, cette confiance évidente qui t'aveugle sans un soupçon de méfiance. Cette confiance que tu n'auras plus jamais en un autre. Celui pour qui tu as envie de te battre. Je m'en rends compte maintenant, c'est un amour tellement différent, absolu, tyrannique. Devenir à la merci de l'autre sans ne s'apercevoir de rien. Ne jamais oublier tes mains sur mon corps, & vouloir encore te prendre contre moi.
Cet amour là ressemble à un poison. Il est difficile de s'en détacher, & plus que tout, il est difficile d'oublier. Comme brûlée par les souvenirs, il m'est impossible de t'effacer. & j'en suis désolée.
J'y repense. J'aurais voulu que l'histoire se termine autrement. J'aurais voulu arrêter de me sentir coupable. J'aurais voulu arrêter de penser à mes actes, à mes mots, arrêter de chercher ce que j'ai raté avec toi. Je ne trouve pas & je soupçonne encore cette cécité récurrente. J'y repense. Je vais te dire : si tu étais malheureux, il fallait me quitter. T'as jamais réussi à le faire, & je me demande en quoi est-ce ma faute ? Il faut croire que j'étais le poison même de ton existence. En inspectant mes plus profondes réflexions, j'en rigole doucement. Je me rappelle certaines choses que tu m'as balancée quelques mois après. Elle est mieux que moi. Rien que cette phrase m'interpelle. C'était bas, mesquin. Irrespectueux. Je ne t'ai jamais dit qu'il était mieux que toi. A quoi bon vouloir te faire du mal ? Tout appartenait au passé. J'ai déconné, oui, je le reconnais, mais à l'inverse de toi, je n'ai jamais cherché à te blesser consciemment.
Il restera toujours des coins d'ombres à cette histoire. J'ai arrêté d'essayer de trouver ce qui me manque pour définitivement tourner la page, mais l'antidote peine à agir. L'oubli ne s'installe jamais longtemps en moi, & de toutes les choses que j'ai vécu, c'est certainement cela que je regrette le plus.
Je me souviendrais toujours de celui qui m'a sortie la tête de l'eau. Celui qui m'a fait voir d'autres horizons lorsque je n'espérais plus rien. Celui avec qui je parlais des heures sans me soucier des conséquences. Cependant, à l'instant même, tu m'énerves tellement que je n'ai aucune envie d'étaler le bonheur que j'ai pu vivre avec toi. Tu m'as prise deux fois pour une conne, alors que j'imaginais replonger dans cet état extatique d'amour brûlant. Même avec lui, je n'avais pas eu autant cette impression de me prendre une claque. Pour moi, tu es le don juan de la pire espèce, celui qui te ment en t'appelant "mon amour", celui qui ne peut s'empêcher de séduire parce qu'il a besoin d'être doté d'une certaine puissance d'attraction. Ce ne sont que des mots, oui. Tu es tout ce que je déteste parce que tu me donnes cette impression de savoir toujours mieux que tout le monde. Tu es tout ce que j'aime parce que ta confiance me fait du bien, comme ton affection.
Je me souviendrais toujours de mon opération, de ma douleur, de mes sentiments si partagés à mon retour. Je me souviendrais de ce mois d'août aux allures d'enfer, de cette fièvre infernale, de ma convalescence, de mes espérances, & cette certitude : le fauteuil roulant m'attend, maintenant ou à 50 ans, ce n'est pas important. C'est comme une échéance, & le jour où je ne pourrais plus bouger, je serais sereine. Je m'y attendais, je m'y attends, je m'y attendrais toujours.
Bonne nuit.